La Moldavie et la Géorgie sont-t-elles les prochaines
cibles du pouvoir russe ?
La Moldavie et la Géorgie sont-t-elles les prochaines
cibles du pouvoir russe ?
article publié le 18 Janvier 2026
L’année 2025 fut marquée par un grand nombre d’élections décisives dans des pays autrefois intégrés à l’URSS ou à sa sphère d’influence, dont la Moldavie, ou encore en Géorgie. Ces deux États, longtemps intégrés à l’URSS, se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une bataille stratégique opposant aspirations euro-atlantiques et pressions russes. En Géorgie, le gouvernement sortant, issu du parti pro-russe « Rêve géorgien », affrontait une coalition pro-européenne. Tandis que ce 28 septembre 2025, en Moldavie, le « oui » à l’intégration à l’Union Européenne, porté par la présidente Maia Sandu, faisait face au « non », porté par les opposants plutôt favorables à la Russie. Toutefois, il semblerait que la Russie ait été partie prenante de ces élections dans ces pays étant donné que de nombreuses figures politiques dont Maia Sandu ont dénoncé des ingérences de la part de la Russie. La présidente moldave a en effet dénoncé des « centaines de millions d’euros » déversés par Moscou pour acheter des voix.
Quelle est la stratégie d’influence russe dans ces États ?
Depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, la Russie a progressivement reconstitué un appareil d’influence multi-dimensionnel, conçu pour maintenir un contrôle indirect sur son « étranger proche ». Après les révolutions dites « de couleur » vues par le Kremlin comme des offensives occidentales contre son influence, Moscou a cherché à diversifier ses leviers d’action. La doctrine conceptualisée par Mark Galeotti, « l’arsenalisation de tout », illustre parfaitement cette approche : tout peut devenir instrument de puissance, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’économie, de l’information, ou des fractures ethniques et territoriales.
Aujourd’hui, l’un des principaux outils mobilisés par Moscou est celui de la guerre informationnelle, . Moscou l’a développé avec une ampleur inégalée ces dernières années. Cette guerre a une dimension à la fois interne et externe : elle vise d’un côté, à laver le cerveau de ses citoyens en leur faisant perdre tout repère (Irisova, 2015) tout en instillant la crainte et, de l’autre, à gagner ses thèses une partie des dirigeants et de l’opinion publique à l’étranger.
Cette stratégie d’influence russe a été particulièrement efficace en Géorgie et en Roumanie. Dans le premier, le parti « Rêve géorgien », un parti pro-européen de façade fondé par l’oligarque russe Bidzina Ivanichvili en 2011 consolide sans cesse sa position électorale et a remporté notamment les dernières élections législatives de 2024 et plus récemment les élections municipales d’octobre 2025, le maire de Tbilissi membre du parti « Rêve géorgien » a été reconduit avec 81% des voix. Depuis que le parti « Rêve Géorgien » est au pouvoir, le gouvernement semble mettre en place les législations influencées par le Kremlin. Le parti « Rêve géorgien » a promu la position et les valeurs de la Russie, et n’a pas suivi le mouvement de sanctions internationales après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022.
En Moldavie, la Russie s’appuie sur une infrastructure médiatique et numérique déjà implantée depuis les années 1990. Plusieurs chaînes de télévision liées à Moscou parfois financées par des réseaux d’oligarques moldaves proches du Kremlin diffusent massivement
des récits anti-européens. Depuis l’annonce de la candidature de la Moldavie à l’adhésion de l’Union Européenne en 2022, « La population est quotidiennement empoisonnée par de nombreux mensonges » a déclaré la présidente moldave Maia Sandu. Ce 28 septembre, les élections législatives moldaves ont par conséquent été ramené à un choix crucial entre une voie d’intégration dans l’Union Européenne et un retour dans l’orbite russe. Le parti pro-européen a finalement remporté les élections mais avec une majorité fragile 50,03% des voix contre un peu plus de 53% il y a quatre ans.
Quels sont les leviers de l’influence russe ?
Afin que sa stratégie d’influence au sein de l’étranger soit efficace, le pouvoir russe peut s’appuyer en premier lieu sur les 25 millions de russophones vivant hors du territoire – nommées par le Kremlin « compatriotes de l’étranger ». Ainsi, en Moldavie, la Russie s’appuie sur les populations russophones et sur la région séparatiste de Transnistrie pour influencer les dynamiques politiques quand, en Géorgie, Moscou exploite les tensions autour des régions d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud pour exercer une pression constante sur le gouvernement central. Cela permet à Moscou de maintenir un levier sur ces pays, d’entraver leurs aspirations euro-atlantiques et de fomenter des tensions internes.
En deuxième lieu, Moscou s’appuie sur les difficultés économiques internes dans ces pays pour renforcer son influence, la Moldavie a par exemple subi un choc inflationniste de près de 30% dans le sillage de la guerre en Ukraine. En plus de cela, la Moldavie est fragilisé par des déséquilibres structurels : la productivité demeure faible, l’investissement étranger reste limité, les infrastructures sont insuffisamment développées et l’émigration massive de jeunes actifs si bien que la croissance du PIB moldave stagne depuis 2024. Les difficultés économiques (inflation, hausse du prix du gaz) dans ce pays de 2,5 millions d’habitants, considéré comme l’un des plus pauvres d’Europe sont l’une des raisons qui expliquent que le parti de Maia Sandu ait perdu des voix. Ce contexte de précarité réveille en outre, chez une partie de la population, une certaine nostalgie à l’égard de l’ex-Union Soviétique.
La Géorgie, quant-à-elle a profité des sanctions occidentales contre la Russie et a affiché une croissance économique de 11% en 2022 et entre 7 et 8% sur la période 2023-2024. Cependant, cette performance s'est accompagnée d'un accroissement alarmant de sa dépendance à l'égard de Moscou. Cette vulnérabilité est visible dans les chiffres : les importations de blé représentent désormais 95% du stock géorgien, et la part du gaz russe dans les importations est passée de 2,8 à 23,1% entre 2018 et 2021. De même, les importations de pétrole ont été multipliées par quatre au cours du premier semestre 2022. Cette dépendance économique lie les mains de Tbilissi sur le plan diplomatique, permettant au Kremlin, par un système de punition-récompense, de contrôler les choix politiques. Ce contrôle s’est manifesté en 2024 avec l'abandon de l'accord avec une compagnie américaine pour le port stratégique d'Anaklia situé sur la Mer Noire. La Russie a en effet exprimé des craintes sur le fait que le port d’Anaklia puisse un jour accueillir des navires militaires américains. La Géorgie a donc refait un appel d’offres auquel il y a eu un seul répondant : une compagnie chinoise en très bonne relation avec la Russie.
Conclusion
Divisés politiquement, les différents gouvernements moldaves et géorgiens depuis 1991 ont oscillé entre un rapprochement avec la Russie et un ancrage à l’ouest vers l’Union Européenne. Les événement récents suggèrent que ces deux nations pourraient devenir prochainement des cibles prioritaires pour la Russie.
Actuellement, la Moldavie porté par la voix de la présidente pro-européenne Maia Sandu pointe du doigt la Russie comme la principale menace pour sa sécurité. La nouvelle stratégie militaire moldave (2025-2035), datée du 8 octobre 2025, intègre explicitement « la poursuite de l’agression militaire de la Fédération de Russie en Ukraine et son extension possible à la République de Moldavie ». Cette évaluation a provoqué une réaction du porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, qui a déclaré que les autorités moldaves commettaient une « grave erreur », suggérant de potentielles conséquences.
En Géorgie, l’approche est plus insidieuse, la Russie accroît son influence économique et consolide son emprise territoriale sur les régions séparatistes de Géorgie du Sud et d’Abkhazie depuis un décret datant du 17 mai 2025 maintenant Tbilissi sous une pression territoriale constante.
Lien de l'image d'illustration : https://unsplash.com/fr/photos/une-foule-de-personnes-tenant-des-drapeaux-devant-un-batiment-JUekx3CODgM
Bibliographie
La Russie dans l’espace post-soviétique : quelles stratégies d’influence ?
- IRIS La communication politique
- La guerre de l’information russe : une guerre multidimensionnelle
- CNRS Éditions En Moldavie, la peur du « danger russe » a constitué le principal levier de la victoire du parti de la présidente pro-européenne Maia Sandu GEM Library / Europresse / La Moldavie coincée entre Est et Ouest GEM Library /
Europresse / Déterminé à ramener Chisinau dans son orbite, Moscou agite les peurs La Géorgie toujours plus divisée après des élections locales contestées
Regard sur l’est. Géorgie : les mains liées par sa dépendance par sa dépendance économique à l’égard de la Russie La Géorgie entre espoir d’Europe et influence russe - La Grande Conversation
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