article publié le 29 mars 2026
Au cœur des rivalités géopolitiques au Moyen-Orient, la question du programme nucléaire iranien préoccupe depuis plus de vingt ans la communauté internationale, et particulièrement les puissances occidentales. En effet, depuis les débuts du programme jusqu’à la situation actuelle, les équilibres ont été régulièrement bouleversés, y compris après la signature d’un accord pourtant qualifié d’historique. Il apparaît donc pertinent de revenir sur l’histoire du dossier nucléaire de Téhéran, de ses origines au contexte de guerre actuel.
Les fondements du développement nucléaire iranien
Dès la fin des années 1950, les bases du programme sont posées sous l’égide des États‑Unis, qui signent un accord de coopération civile en 1957 avec l’Iran, dirigé alors par Mohammad Reza Pahlavi. En 1959, le Centre de recherche nucléaire de Téhéran (CRNT) est fondé et doté d’un réacteur nucléaire de recherche fourni par Washington. L’Iran signe puis ratifie le Traité de Non Prolifération (TNP) en 1970, le pays accepte ainsi de déclarer ses matières nucléaires et de les placer sous le contrôle de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), l’objectif du shah Mohammad Reza Pahlavi étant à cette époque de construire jusqu’à 23 centrales nucléaires avant l’année 2000. La Révolution iranienne de 1979 entraîne la rupture de plusieurs coopérations internationales, notamment avec la France, qui refuse de fournir de l’uranium enrichi à Téhéran, l’Allemagne, qui abandonne le projet de la centrale nucléaire de Bouchehr, et les États‑Unis, qui rompent un contrat en cours. A la fin des années 1990, l’Iran se tourne alors vers d’autres puissances : il signe un accord avec la Russie en 1995 pour achever la centrale de Bouchehr, et la Chine lui fournit en 1996 une usine d’enrichissement d’uranium. Les tensions s’intensifient au début des années 2000, lorsqu’un dissident iranien, Alireza Jafarzadeh, révèle l’existence de sites secrets sur le territoire iranien, soulevant l’inquiétude de la communauté internationale. Toutefois, il convient de préciser que, selon l’accord alors en vigueur avec l’AIEA, l’Iran n’était pas tenu d’informer l’agence de l’existence de ces installations à ce stade. En effet, les règles applicables à l’époque prévoyaient que la déclaration d’une installation nucléaire n’était obligatoire qu’à l’approche de l’introduction de matières nucléaires dans celle-ci. Le fait est tout de même qu’en 2011, un rapport clé publié par l’AIEA affirme que l’Iran est en train de mettre au point un dispositif nucléaire explosif dans le cadre d’un programme structuré. L’élection du président Hassan Rohani ouvre en 2013 la voie à des
négociations, et un accord préliminaire est signé entre l’Iran et le P5 + 1 (membres permanents du Conseil de Sécurité et Allemagne) à Genève, suivi des négociations de Lausanne le 2 avril 2015, préparant l’accord final.
L’Accord sur le nucléaire iranien : un tournant teinté d’espoir
Le 14 juillet 2015, un accord historique est signé à Vienne par 8 parties : l’Iran, les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité, l’Allemagne et l’Union Européenne. Cet accord sera appelé Plan d’action global commun (PAGC) ou JCPoA (Joint Comprehensive Plan of Action) en anglais, ﮫﻣﺎﻧرﺑﻊﻣﺎﺟ
دامﻗارکﺗﺷﻣ en persan. Il prévoit pour Téhéran un allègement des sanctions internationales à son encontre en échange d’une limitation drastique de son programme nucléaire, l’objectif étant également de renforcer les inspections internationales. Les principales mesures concrètes sont les suivantes : une réduction du nombre de centrifugeuses de 19 000 à 5 060, un enrichissement limité à 3,67% pendant 15 ans, un stock d’uranium limité à 300 kg et la transformation du réacteur d’Arak pour empêcher la production de plutonium militaire. Grâce à cet accord, des milliards d’avoirs gelés sont récupérés par l’Iran, les exportations de pétrole et de gaz reprennent, les investissements étrangers augmentent et les relations diplomatiques s’améliorent. Toutefois, cet équilibre se révéla rapidement fragile.
Le retrait des États‑Unis de l’accord
Le 8 mai 2018, le président américain Donald Trump annonce le retrait des États‑Unis de l’accord, sept ans avant son expiration officielle prévue en 2025. Cette décision s’accompagne du rétablissement de sévères sanctions économiques contre Téhéran et provoque un désengagement progressif de l’Iran par rapport à ses obligations nucléaires. En réaction à la décision états-unienne, les pays européens créent le mécanisme INSTEX pour commercer avec Téhéran sans passer par le dollar, Moscou et Pékin critiquent de leur côté la position de Washington. Depuis 2021, l’Iran ne met plus en œuvre le protocole additionnel du TNP (accord complémentaire renforçant les pouvoirs de l’AIEA), a retiré plusieurs équipements de surveillance de l’AIEA et a expulsé certains inspecteurs
expérimentés. A l’été 2022, une tentative de relance du JCPoA a eu lieu à Vienne, sans succès, et la coopération avec l’AIEA n’a cessé de se dégrader.
La situation actuelle
Le second mandat de Donald Trump laissait entrevoir une possible reprise des négociations, mais les frappes israéliennes contre des installations nucléaires en juin 2025, avec le soutien des États‑Unis, ont rapidement neutralisé tout espoir de discussions effectives. L'Iran a suspendu sa coopération avec l’AIEA et, le 28 septembre 2025, l’ONU a rétabli des sanctions contre le pays, à la demande de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. L’accord devient de fait presque obsolète avant même son expiration officielle. Aujourd’hui, l’Iran est le seul Etat non doté de l’arme nucléaire à enrichir l’uranium à 60%, son stock lui permettant en théorie de fabriquer plus de 9 bombes. Téhéran a toujours démenti cet objectif et évoque régulièrement une fatwa (décret religieux) de l’ayatollah Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne le 28 février 2026, interdisant cette option. Les pays européens veulent négocier un nouvel accord dans le but de garantir que le pays ne puisse jamais développer l’arme nucléaire, mais l’Iran rejette les propositions européennes tout en affirmant rester
ouvert à la diplomatie. Les principaux enjeux demeurent l’absence de négociations directes entre Washington et Téhéran, ainsi que le manque d’accès de l’AIEA aux installations iraniennes.
article rédigé par Louisa Chausset
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